ART // Mica Lucas & la peinture : nature morte 2.0

Les oeuvres de Mica Lucas sont d’une fraîcheur à faire pâlir le printemps. Fascinée par la façon dont nous esthétisons la botanique dans nos intérieurs, elle remplit ses peintures, illustrations et fresques murales de végétaux pleins de vie. Un regard sur nos espaces modernes qui brouille les frontières entre l’Homme et la Nature.

© Mikeila Borgia

 

Sur un air latino

L’été s’achève, même à Barcelone. Le fond de l’air est frais et s’engouffre dans les rues de Poble Nou, un quartier industriel en passe de devenir le nouveau bastion des artistes bohèmes. Mica Lucas sirote un jus d’orange ; elle a le teint des gens qui reviennent de vacances. Cette Argentine ayant grandi dans la banlieue de Buenos Aires habite la capitale catalane depuis deux ans. « Parce que le monde artistique à Buenos Aires est très fermé, alors qu’ici ça bouge tout le temps » dit-elle, non sans avouer que le climat et la plage y ont été pour quelque chose.

 

Into the wild

Etudiante aux Beaux-Arts, elle préfère le graphisme sobre aux couleurs et à la peinture. Véritable paradoxe quand, quelques années plus tard, elle se met à peindre de grands formats bariolés de couleurs vives. « Je suis autodidacte et pour moi c’est tout un processus très intime de découvrir les styles qui sont les miens » explique-t-elle. Encouragée par une famille qui lui a toujours laissé la liberté de créer, entourée de plantes et d’animaux depuis sa tendre enfance, Mica Lucas commence à représenter des tigres, girafes, renards et oiseaux en tous genres au milieu d’une nature sauvage.

Peu à peu, la nature prend le dessus et Mica, perfectionniste, travaille les détails, le clair-obscur, les textures… Les plantes sortent de leur environnement naturel pour s’épanouir dans un vase, au milieu d’une pièce, parfois accompagnées de canettes ou bouteilles en plastique. Le surréalisme laisse place à une nature morte ancrée dans la modernité, parfois même engagée. « Je ne cherche pas à faire passer un message moralisateur, mais à donner ma vision des choses. Je vois les déchets comme une trace que laisse l’Homme dans ce monde. Et c’est justement ce qui m’intéresse, étudier comment il interagit avec la nature, que ce soit en l’utilisant comme objets décoratif ou en l’inondant de bouteilles ».

 

Retour aux sources de la Pachamama

Cette rencontre entre des éléments contradictoires, Mica l’explique en partie par l’ambivalence qui existe en elle à travers Buenos Aires et Barcelone. « Buenos Aires a quelque chose d’agressif, de sauvage, c’est littéralement une jungle urbaine. Barcelone est plus propre et ordonnée et la nature y est traitée de façon esthétique ». Cette tendance à représenter Mère Nature dans toute sa luxuriance est symptomatique de l’art latino-américain contemporain. « Je pense qu’en Amérique latine, sans doute en raison de la pauvreté et du faible niveau d’éducation, nous sommes encore influencés par les croyances ancestrales qui ont une connexion très forte avec la terre » explique-t-elle.

 

L’école buissonnière

Une connexion qu’elle assume mais refuse de considérer comme son unique objet d’attention. Mica Lucas explore, sort de son atelier pour investir les murs, commence à peindre des gens… Un processus de création en mouvement qui respecte son désir d’évoluer, mûrir et changer de goûts. « Je ne suis pas du genre à être fanatique, focalisée sur un style. Je peux adorer un artiste pendant un moment, puis passer à autre chose. Par exemple, en ce moment j’aime beaucoup le travail de Mercedes Bellido, qui questionne aussi la nature et les cultures autochtones ».

Son exposition « Intersections » ayant eu lieu au cours de l’été, Mica Lucas profite de son temps libre pour s’exercer au portrait et recouvrir des toiles gigantesques de feuilles soyeuses et de pétales colorés. Bientôt une exposition de fresques et peintures géantes ? « Pourquoi pas ? Ce serait sympa ! » répond-elle avec un haussement d’épaules, ouverte à ce que la brise de Barcelone lui apportera.

 

Diane Micouleau
→ Le site de Mica Lucas
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