ART // Ludovic Sauvage et sa jungle de diapos : l’utopie d’une pause

Il dit qu’il a tendance à parler beaucoup mais il aime bien les interviews. Né et élevé dans le sud de la banlieue dans les années 1990, Ludovic Sauvage est un artiste plasticien. Son truc, c’est de s’amuser avec le médium numérique, les diapos, le tissu, le film et l’installation, le tout dans son atelier qui lui sert de lieu d’expérimentation. L’artiste s’affirme au coeur de la nouvelle génération d’artistes en France. Il présente cette semaine son projet Plein Soleil dans le cadre de l’exposition Lumière à la Tôlerie de Clermont-Ferrand. TAFMAG l’a sélectionné parmi les 50 artistes à suivre dans son prochain book Bubble Gum, les 50 artistes qui nous éclatent, de sortie ce jeudi 11 mai.

 

  • Plein Soleil © Ludovic Sauvage Courtesy of Galerie Escougnou-Cetero

 

Une image « qui prend vie » à de multiples interprétations

Après s’être installé dans son canapé en cuir années 1980, Ludovic Sauvage m’explique qu’il ne prend pas de photos ; il les décortique, les crame, les découpe. Il ne crée pas d’espace, il les analyse, les dissocie, les projette. Son support fétiche, ce sont la diapo à l’ancienne et son projecteur Kodak Carousel qui constitue le centre de gravité de son atelier. Ce qui l’intéresse c’est le processus, le moment où l’image de façon autonome va produire un cheminement, comme si elle allait avoir “sa propre vie” offrant ainsi des interprétations multiples.

I Escape Real Good, 2015 © Ludovic Sauvage

 

Si les diapos suivent leur trajectoire de manège, Ludovic Sauvage a bien les pieds sur terre et voudrait aussi figer le temps sur lui même. « Pouvoir manipuler le temps c’est assez fascinant même si utopique », dit-il. On retrouve cette vision poétique dans son installation 3D avec un circuit de lumière qui tourne en boucle.

 

Ludovic Sauvage, This Must Be The Place, 2014. Courtesy Galerie Escougnou-Cetraro

 

Nostalgie d’un temps qu’on n’a pas vécu

Afin de mémoriser ses idées, Ludovic Sauvage collecte ses différents supports dans son atelier qui lui sert de disque dur vivant. Après avoir déniché sa matière première dans des brocantes, il trie, sélectionne et assemble ces images banales de vies des autres, de leur vacances, de leur souvenirs faisant ainsi émerger un imaginaire collectif qui est une preuve d’un temps passé. « Je prends des vies que je n’ai pas, que je modèle et dont je me sers pour un discours plus large sur le temps et sur la mémoire », confie-il en évoquant la nostalgie d’un temps non-vécu. « C’est comme écouter un vrai tube ou une chanson qui nous fait ressentir de la joie ou la tristesse sans l’avoir vécu ».

 

Un univers utopique aux mélodies californiennes

Influencé par le modèle de ville horizontale de banlieue pavillonnaire où il a grandi, Ludovic crée des imageries de rêverie et d’oisiveté. Son influence principale : la scène d’artistes du courant de la « cool school » des années 1960-1970, comptant parmi eux Hockney, Ed Rusha, Wiliam Leavitt, Joe Goode ou John Divola. La musique elle aussi y trouve son compte et Ludovic Sauvage évoque des albums de Capitain Beefheart ou Love ainsi que la pochette de Neil Young, On the Beach qui illustre le basculement des années 80 et la fin des utopies du Flower Power. « C’est cet idéal auquel notre société a pu croire et qui finalement n’a pas abouti ». Rêverie plus que révolte d’une époque non vécue, le travail de Ludovic Sauvage nous emmène loin et nous donne un goût de fraîcheur issu d’un film californien.

 

Juliette Colin

Ludovic Sauvage, le site  
Ludovic Sauvage est représenté par la Galerie Escougnou-Cetraro

 

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