Alison Benhamou, du graff à la photographie

Alison Benhamou Photographie TAFMAG interview

Alison vient tout juste d’être diplôme de l’Icart, l’école de photographie parisienne. Pourtant, sa carrière ne partait pas tellement dans cette direction même si son choix de devenir photographe n’est pas étonnant étant donné son parcours… Je m’explique.

Alison commence à s’intéresser à la photo en voyant les clichés de Terry Richardson, sa façon se travailler avec les gens, sa lumière « épurée et simple ». A côté de la photo, la jeune parisienne s’intéresse – comme The Arts Factory Magazine – à l’art sous toutes ses formes : elle fait du théâtre, de la danse, du chant. Et maintenant, de la photographie.

Alison Benhamou. Graffeur/  Vadim O. Modele/ Camélia H.
Alison Benhamou. Graffeur : Vadim O. / Modele : Camélia H.

C’est donc son attrait pour les arts qui la pousse à commencer la photographie alors qu’elle ne maîtrise pas l’aspect technique. D’ailleurs, les réglages, ce n’est pas ce qui la passionne le plus. « La technique, ça s’apprend », affirme-t-elle en ajoutant que l’Icart a été un vrai tremplin pour sa photographie.

Suis-je vraiment photographe, se demande souvent Alison, ou juste un imposteur ? En proie à des doutes, sa directrice artistique la rassure : « tu as un truc que beaucoup n’ont pas : le côté artistique », lui dit-elle.

La photographie pour Alison, c’est le « truc ultime, d’une idée intangible qui peut-être complètement loufoque mais qui parvient à être mise en œuvre. » D’où l’idée nécessaire de collaboration. Car si elle part de sa propre idée – aussi loufoque soit-elle – Alison a besoin d’aide pour la faire exister puis la pérenniser au travers d’un cliché.

Pour son projet de fin d’année, chaque élève doit rendre un projet. Alison est sûre d’une chose, c’est qu’elle veut faire une collaboration qui inclue le spectateur. Il faut que le spectateur s’extirpe de son rôle passif et devienne partie intégrante de la photographie.

Après avoir vu un clip de Gotye qui est peint tout au long de son clip Somebody That I Used To Know, Alison commence à s’orienter vers une idée de body-painting et découvre par la suite le travail du photographe chinois, Liu Bolin. Ce dernier se met en situation dans ses photos, critiquant le consumérisme. Liu Bolin TAFMAG article Supermarket 2

Elle a trouvé son idée pour son projet de fin d’année : elle s’inspirera de ces deux idées en cachant ses modèles sur fond de graff.

Alison Benhamou Graffeur/  Michel Chrome  Modele/  Jerome Puissant
Alison Benhamou. Graffeur : Michel Chrome / Modele : Jerome Puissant

Alison a encore des étoiles dans les yeux quand elle parle de ces 9 mois passés sur le projet. Pas surprenant qu’elle le décrive comme son bébé, « c’était comme une grossesse, j’étais tellement pressé de voir le résultat final ».

Elle établit une liste précise de ce qu’il faut faire pour faire aboutir son projet : une équipe, des modèles, timing, lieux, emplois du temps.

Elle en avait, des contacts de mannequins. Mais Alison choisit délibérément des personnes de tous les jours. Elle rencontre petit à petit et par hasard des grapheurs. Il ne manque plus que les lieux. Difficile de trouver le lieu parfait, et pourtant, Alison et son équipe organisent leurs séances de shoots dans des endroits surprenants, comme une école abandonnée en dehors d’île de France.

Alison Benhamou. Graffeur : Alberto Ruce / Modele : Charlotte Folounoux
Alison Benhamou. Graffeur : Alberto Ruce / Modele : Charlotte Folounoux

C’est donc une collaboration qui débute. « C’était primordial que les modèles donnent leurs avis, que les grapheurs aient leur mot à dire sur ce qu’ils voulaient faire ». Une journée de shoot dure environ 8 heures en comptant 4 heures pour dessiner les graffs, 2 ou 3 heures pour peindre le modèle et seulement 15 minutes pour obtenir la photo finale.

Car si elle ne s’était pas tellement penchée sur le street art avant, ce qui fascine Alison c’est le body painting. « Quand on pense à art, on pense à peinture », dit-elle, « mes photos, ce sont celles d’une peinture, une peinture sous plusieurs formes. Il y a le body painting et le graff ». Une mise en abyme colorée et surprenante.

Alison Benhamou. Graffeur : Michel Chrome / Modele : Laila B.
Alison Benhamou. Graffeur : Michel Chrome / Modele : Laila B.

La finalité, c’est que les lecteurs aient leur part dans le projet. Qu’à une expo, ils se disent « tiens, une expo de graffs ! ». Puis « ah non, il y a quelque chose ».  Intrigués, ils se plongent dans le tableau, cherchent le modèle sur une photographie, puis deux, puis trois avant d’avoir compris l’astuce.

Son bébé – celui pour lequel elle a passé neuf fois entre surprises, déceptions, frayeurs et joies – sera exposé ce soir au Bus Palladium pour l’anniversaire de The Arts Factory Magazine.

 

Pauline Guillonneau

Alison Benhamou : www.alisonbenhamou.com

Alison Benhamou.  Graffeur : Luc Marie A./ Modele : Audrey Dufay
Alison Benhamou. Graffeur : Luc Marie A./ Modele : Audrey Dufay

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